Le secrétaire général du PS Pierre Jouvet lors d'une conférence de presse à Paris, le 26 janvier 2026 ( AFP / Sébastien DUPUY )
Le Parti socialiste a posé ses conditions à un rapprochement avec LFI au second tour des municipales dans de "rares cas", appelant les insoumis à rompre avec "la violence politique", après l'onde de choc de l'agression mortelle du militant nationaliste Quentin Deranque.
"Comme au premier tour, il n'y aura pas d'accord national avec la France Insoumise", a indiqué vendredi à l'AFP le secrétaire général du PS Pierre Jouvet, après la mise en cause dans l'enquête de plusieurs proches du député LFI Raphaël Arnault qui a placé le mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur la défensive.
Mais les socialistes fixent leurs conditions à un éventuel rapprochement: "si dans de rares cas de figure, la volonté de certains candidats insoumis est de rejoindre les listes d'union de la gauche au second tour, alors ils doivent clarifier leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique, et à cette forme d'hooliganisation de la vie publique", ajoute-t-il.
S'ils refusent, "ils ne peuvent pas espérer d'accord avec nous", insiste M. Jouvet.
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard, le 18 février 2026 à Paris ( AFP / Charlotte SIEMON )
La proposition a laissé de marbre La France insoumise.
Le mouvement de gauche "a toujours dit qu'il était opposé à la violence. Donc je n'ai pas très bien compris à quoi faisait référence" le PS, a botté en touche son coordinateur Manuel Bompard sur BFMTV.
Alors que la direction de LFI refuse de couper les ponts avec son député Raphaël Arnault, dont trois proches ont été arrêtés après le décès de Quentin Deranque, le PS est sommé depuis plusieurs jours de se positionner sur d'éventuelles alliances de second tour avec le parti de la gauche radicale.
En déplacement à Lille pour soutenir le candidat PS Arnaud Deslandes, le chef des socialistes Olivier Faure a jugé cette question "indécente", alors que plusieurs personnalités de son parti, dont l'ex-président François Hollande ou le député Jérôme Guedj, ont appelé à écarter tout arrangement avec LFI au second tour.
Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), en visite à Lille, le 20 février 2026 dans le Nord ( AFP / Sameer Al-DOUMY )
Ces accords "n'ont pas eu lieu au premier tour et ne sont même pas souhaités pour le second tour par les intéressés eux-mêmes. Pour moi la question est close", a-t-il martelé.
Un cadre socialiste considère également que ces rapprochements de second tour n'auront pas lieu, car les Insoumis ne répondront pas "à la condition que nous fixons".
Pas suffisant pour convaincre le patron des LR et candidat à la présidentielle Bruno Retailleau qui a dénoncé "la tartufferie du Parti socialiste, prêt à tout pour récupérer quelques voix".
- Capter l'électorat insoumis -
Dans certaines villes, les listes d'union de la gauche pourraient avoir besoin des voix de l'électorat LFI pour l'emporter, comme à Toulouse, Marseille ou Amiens.
Les règles électorales prévoient qu'une liste peut se maintenir au second tour si elle obtient plus de 10% des voix au premier, et fusionner avec une autre si elle dépasse 5%.
Selon un sondage Ifop diffusé jeudi, la gauche peut remporter les municipales à Toulouse si la liste PS-Écologistes fusionne au second tour avec celle de LFI, alors que le maire divers droite Jean-Luc Moudenc ne semble en mesure de conserver le Capitole qu'en cas de triangulaire.
A Marseille, le maire de gauche Benoît Payan et le candidat du Rassemblement national Franck Allisio sont donnés au coude-à-coude au premier tour, mais aussi au second tour, en cas de quadrangulaire avec la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal et le candidat insoumis Sébastien Delogu.
Le maire sortant de Marseille et candidat à sa réélection, Benoît Payan, lors d'un débat entre les principaux candidats aux municipales, le 19 février 202 à Marseille ( AFP / MIGUEL MEDINA )
Lors d'un débat jeudi soir, M. Payan a promis de se désister pour le candidat LFI si ce dernier arrivait en tête (ce qui est peu probable), pour inciter l'Insoumis à faire de même.
Le PS entend ainsi capter l'électorat insoumis et mettre la pression sur leurs candidats, pour les rendre responsables des échecs éventuels de la gauche dans certaines villes.
Une manière aussi de montrer leurs bonnes dispositions à leurs autres partenaires de gauche, les Ecologistes et les communistes, qui eux ont déjà conclu dans certaines municipalités des accords avec LFI.
Ainsi à Limoges, la gauche est divisée entre une liste PS-PCF-Place Publique et une liste LFI-Ecologiste, mais pourrait l'emporter en cas de rassemblement au second tour, face à la désunion à droite.
Mais l'agression mortelle de Quentin Deranque "est un problème politique profond, qui nous pousse moi et mon équipe à la réflexion" avant toute alliance, a déclaré le socialiste Thierry Miguel.

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